Famille et dépendance : mamie emménage dans le jardin

 Irene Bizell, avec Alex Booth, qui lui a construit ce studio dans son jardin. © Booths Garden Studios

Irene Bizell, avec Alex Booth, qui lui a construit ce studio dans son jardin. © Booths Garden Studios

GÉNÉRATIONS – S’installer sur le terrain de ses enfants, dans un studio préconstruit ou un container aménagé : voilà la nouvelle alternative à la maison de retraite.

« Je ne pourrais rien imaginer de mieux pour moi« , témoigne Irene Bizzell, 71 ans, avec un doux sourire. Voilà un an que cette Britannique vit dans un studio aménagé dans le jardin de sa nièce et de son compagnon, Alex Booth, à Corby en Angleterre.

« Au début, j’étais un peu dubitative, parce que je n’ai jamais aimé les déménagements. Mais maintenant je trouve ça fantastique« , poursuit-elle dans la vidéo de présentation relayée sur le site de la société d’Alex, Booths Garden Studios.

Celle-ci propose des bureaux ou des chambres d’amis à installer dans le jardin. Il lui a donc semblé tout naturel d’adapter cette structure pour accueillir Irene, quand elle a cherché à se rapprocher de sa famille.

Il a conçu un studio indépendant de 22 mètres carrés. « Elle s’occupe du jardin, vient dîner avec nous et les enfants, et quand elle veut retrouver son intimité, elle rentre chez elle« , raconte-t-il par téléphone.

Depuis, Alex a déjà construit trois nouvelles « Granny annexes » (« annexes pour mamies » en français) pour ses clients. Le concept arrive tout doucement de notre côté de la Manche.

Proche, mais pas trop

D’après un sondage publié dans le Parisien en décembre 2014, 41% des retraités français souhaitent vivre à proximité de leur famille… mais seulement 1% s’imaginent emménager directement dans la même maison.

Difficile de perdre son indépendance et de s’en remettre aux bons soins de ses enfants. Pas évident non plus de cohabiter à nouveau à plusieurs générations sous un même toit.

D’un autre côté, les Français sont quasi unanimes à rejeter la maison de retraite (1% des sondés envisagent cette option pour eux, d’après la même enquête). Alors comment résoudre ce dilemme ?

Les « studios de jardin » apparaissent comme une solution séduisante. Ils pourraient bien se multiplier à l’avenir.

Cottage de charme

C’est en tout cas le pari que fait Romain Peyrigué. Sa société Hamo propose des cottages spécialement conçus pour les personnes âgées, avec chambre, kitchenette, et salle de bain.

À l’intérieur, tout est pensé pour évoluer avec l’âge du résident. « La domotique doit rester très simple d’utilisation, détaille Romain Peyrigué. Par exemple, on peut installer des détecteurs de présence pour allumer la lumière, ou pour couper l’eau du lavabo automatiquement quand la personne sort d’une pièce. »

Ces logements modulaires préconstruits sont déposés par une grue dans le jardin. Une solution économique : à partir de 36 000 euros à l’achat ou 650 euros par mois en location, quand il faut compter 3 000 euros par mois en moyenne pour une place en maison de retraite.

 

Le studio est déposé par une grue dans le jardin. © Hamo

Le studio est déposé par une grue dans le jardin. © Hamo

 

Seule ombre au tableau : certaines communes tardent à délivrer les permis de construire. Elles confondent ces types d’habitat avec des mobil-homes. « Pourtant cela n’a rien à voir : nos studios durent au moins 25 ans, contre six ou sept ans maximum pour les mobil-homes« , explique Romain Peyrigué. Résultat, ses clients potentiels sont en attente depuis plusieurs mois.

Container tout confort

Pour contourner l’obstacle de l’administration, il est possible de s’orienter vers un bâtiment de moins de 20 mètres carrés, ce que propose également la société Hamo. Dans ce cas, plus besoin de demander un permis de construire, il suffit de faire une déclaration préalable en mairie. Mais ce n’est pour l’instant pas le choix de ses acheteurs.

Autre option : installer un container aménagé dans son jardin. « Il est conçu pour être transporté sur la mer dans des conditions extrêmes, il est donc parfaitement étanche à l’eau et à l’air, et très bien isolé« , défend Ludovic Kraxner, le dirigeant d’Ekolife.

Au lancement de la société il y a un an, il destinait ses containers aux étudiants. Aujourd’hui, sur la vingtaine de projets lancés, trois concernent des personnes âgées.

 

Ce container sert ici d'abri de jardin, mais peut être aménagé en studio. © Ekolife

Ce container sert ici d’abri de jardin, mais peut être aménagé en studio. © Ekolife

Inutile de construire une dalle, il suffit de le poser sur le terrain et de le raccorder à l’eau et à l’électricité. Compter 21 000 euros pour un container de 15 mètres carrés, sans le mobilier.

Parmi les futurs clients d’Ekolife, Lilou, 70 ans, fait actuellement 45 minutes de route tous les jours pour garder ses petits-enfants. Fabrice, son gendre, voudrait la rapprocher.

Pour lui aussi, l’intimité préservée reste l’argument clé. « Nous avons d’abord pensé à l’installer chez nous, mais elle a ses amis et son indépendance« , explique Fabrice. « De cette façon, on se rend service sans empiéter sur l’espace de l’autre. »

Le choix n’est pas toujours aussi facile à faire. Les fratries peuvent avoir du mal à s’accorder sur l’avenir de leurs parents. D’autres acteurs travaillant sur ces problématiques confessent en off se casser les dents sur des relations familiales compliquées et devoir jouer les médiateurs.

Les différences de vues et d’envies sont aussi un frein au rapprochement familial. Alors mieux vaut en discuter ouvertement longtemps à l’avance, pour que ce déménagement reste une bonne nouvelle.